Semaine 2 : rapport d’étonnement de Gaétan Mazaloubeaud

N.B : Cette semaine a été marquée par la mise en place de tests sous forme de protocoles, évènements, dispositifs et prototypes que nous avons proposé aux usagers de l’hôpital.

 

Tout d’abord, afin de garnir le présentoir de notre banquette de lecture, nous rencontrons la responsable de la bibliothèque de l’hôpital. Elle nous explique que l’association est entièrement gérée par des bénévoles, fonctionne uniquement grâce aux dons et à la cotisation des personnels de l’hôpital, et que la surface mise à disposition de la bibliothèque est passée en 50 ans de 100 m2 à 25 m2 répartis dans 2 bureaux.

Enthousiaste à l’idée d’alimenter notre outil de lecture, elle nous fait don d’une pile de magazines, de quelques romans et d’une série de livres pour enfants. La responsable nous prévient : « Tout ce que l’on met sur les présentoirs est à donner ; sinon, ce serait impossible à gérer pour nous qui ne sommes ouverts que deux jours par semaine. » En effet, au soir de la première journée de test de notre banquette de lecture, toutes les revues pour enfants auront disparu… « Si ça permet à des gens de lire… »

 

Afin de préparer un test, nous rencontrons le responsable signalétique de l’hôpital qui nous propose une visite guidée de l’hôpital. Outre les multiples strates d’informations différentes (APHM, H Nord, signalétique provisoire et autres A4 imprimés ou manuscrits scotchés à la hâte par les personnels pour parer au plus pressé), les panneaux signalétiques sont souvent positionnés « là où il reste de la place », bien trop petits pour être lisibles, et sans aucune forme de hiérarchisation des informations. « Tout le monde est perdu » mais « il n’y a aucune ligne allouée à la signalétique dans le budget ». Voilà, voilà…

Dans un contexte pareil, par où commencer ? Le test que l’on propose consiste en un dispositif couplant un plan-masse des bâtiments de l’hôpital et des principaux services, distribué par les agents d’accueil, avec une signalétique au sol au moyen de pointillés colorés guidant les personnes d’un bâtiment à l’autre. « C’est simple, c’est comme le petit Poucet. » confirme une patiente.

 

Alors que nous profitons du calme de la soirée pour mettre en place la signalétique au sol, nous découvrons l’ambiance surréaliste de la nuit à l’hôpital. Il est 21h : les entrées principales ne sont ni fermées, ni surveillées : des gens vont et viennent, seuls ou en groupes, plus ou moins perdus ; en dehors de quelques soignants en transit, il n’y a plus aucun personnel, ni pour accueillir et orienter, ni pour surveiller. Seuls restent les courants d’air. Vous avez dit glauque ?

 

Par ailleurs, cette 2e semaine de résidence est pour l’équipe l’occasion d’expérimenter de nouvelles conditions de travail : contrairement à la première semaine où nous étions installés dans une salle de réunion anonyme et excentrée, la résidence de cette semaine installe son QG dans l’ancienne cafétéria, au cœur du hall d’accueil principal. Cette nouvelle visibilité génère beaucoup de curiosité et se révèle très fertile en matière d’échange.

Ainsi rencontre-t-on un médecin qui nous raconte qu’il a LA solution pour désenclaver l’hôpital : « Comme je l’ai vu dans un hôpital en Israël, vous installez un supermarché en dessous, un hôtel au dessus et votre hôpital devient une petite ville avec l’ensemble des services dont les gens ont besoin. » Y a plus qu’à !

 

Cette vision fait écho au travail de projection effectué lors de ce que l’on a choisi d’appeler la balade des possibles, au cours de laquelle nous avons testé un dispositif prometteur. Au cours de la balade, les participants souhaitent échanger à propos d’un point-de-vue qui les intéresse : un cadre transparent est alors positionné dans cet axe par un accompagnateur qui illustre la discussion sur ce cadre au fur-et-à-mesure qu’elle se déroule en dessinant sur le cadre : des possibles se superposent ainsi fictivement à la réalité pour alimenter l’imaginaire et susciter l’échange.

Cette balade des possibles a permis de collecter des propositions riches que nous avons par la suite restituées sous forme de photomontages volontairement et positivement provocants. Si elles relèvent de l’utopie, ces images ont le mérite de poser la question du projet de l’hôpital à long terme, et de donner une épaisseur nouvelle aux dispositifs plus ponctuels testés au cours de la semaine.

 

En conclusion, dans un contexte rendu difficile par un hyper-cloisonnement des services dont nous découvrons jour après jour les effets en matière de non-communication au sein de l’hôpital, un grand coup de chapeau à toute l’équipe de résidents et à sa complice Hélène, qui ont su trouver leur place, leur rythme, et insuffler une dynamique de projet résolument positive.

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